Maman je bande je me branle et j’éjacule

Maman je bande je me branle et j’éjacule

Ce texte est un essai créatif sur la réappropriation des corps et des sexualités

 

 

Je bande. Je me branle. Et j’éjacule.

C’est ce que j’ai sorti à ma mère un jour où elle me soutenait qu’il existait une différenciation de la sexualité… liée au sexe biologique ( ! )

J’avais beau lui soutenir que non. Je ne suis pas d’accord. Non. Elle se positionnait en connaisseuse irréfutable de TOUTES les sexualités, cherchant à me faire fléchir par une série d’arguments sexistes et de procédés manipulatoires.

Mais enfin, nous, chérie… nous sommes plus douces. Nous ne jouissons pas du tout de la même façon.

Ah bon ?

Ben oui, enfin, tu ne vas pas dire le contraire. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, hein, mais c’est évident que la sexualité des hommes et celles des femmes est différente. On est différents.

C’est là, en la regardant dans les yeux, avec un sourire goguenard, que je lui ai dit :

Ah oui ? C’est quoi la différence, tu peux me dire ? Je bande, je me branle et j’éjacule, alors dis-moi ce qui différencie MA sexualité de celle d’un homme ? Hein, explique-moi, Maman ?

Il s’en est suivi une espèce de silence qu’elle a rapidement comblé pour ne pas perdre la face

Ah ben oui, vu comme ça… Oui, toi, peut-être…

Ma mère se rassurait-elle ainsi de quarante années de sexe insatisfaisant ? elle que j’avais toujours entendu parler de cul en n’importe quelle occasion, elle qui m’avait depuis mon plus jeune âge raconté ses déceptions sexuelles avec mon père, mon beau-père, et ceux qui avaient  suivis, elle qui se positionnait comme l’experte en sexualité pour tout le monde et qui m’effarait par sa capacité à catégoriser les désirs « il veut un rapport annal, tu crois qu’il est  pédé ? ». L’experte en sexualité se heurtait ainsi sans cesse à des partenaires (hommes cis)  qui avaient tel ou tel souci sexuel, et elle  mettait sa frustration et toute cette incompréhension mutuelle sur le compte d’une différence biologique à laquelle personne ne pourrait rien et qui ne la forcerait ainsi jamais à se remettre en question. C’était ainsi pour elle, donc ce devait être ainsi pour toutes les autres, dans la seule pensée qu’elle ait jamais pu produire : la pensée dominante égocentrique.

Je ne lui ai pas dit le reste. Bien sûr.

Je ne lui ai pas parlé du plaisir fou de pénétrer quelqu’unE, de sentir un cul ou une chatte se resserrer sur ma peau comme pour m’y retenir à jamais. Je ne lui ai pas dit mon désir de posséder la chair, de souiller mes partenaires, de répandre sur euLLEs des éjaculations sans fin sur leur torse leur sexe leur visage dans leur bouche. Je ne lui ai pas dit l’émotion intense que je ressens lorsque du rythme de mes mouvements naît la musique du souffle des cris des spasmes des hurlements. A quel point je jouis vite, à quel point mon clitoris gonfle et explose, jaillissant de sa coque tel une belle bonne bite, mais minuscule.

Bien sûr je ne lui ai pas parlé de ma façon de cracher sur mes partenaires en les traitant de salopes, de ma joie de claquer leurs joues, du ton autoritaire que je prends en leur demandant de se mettre à quatre pattes et de me donner leur cul, je ne lui ai pas parlé des chaînes dont j’use pour mettre des corps à ma disposition, des godes que j’utilise pour qu’on me sente fort au fond, pour que tout ce qui là-dedans me réclame soit envahi et rempli, je ne lui ai pas parlé de l’attente que j’inflige, de la surprise que je créée, je ne lui ai pas parlé des traces de talons aiguilles que j’ai laissées  sur des peaux, des poils et des duvets que j’ai brûlés à la bougie, des morsures et des suçons qui étaient mes marques de passage. Je ne lui ai pas parlé de la façon dont je performe ma masculinité, de la façon dont je performe ma féminité.

Bien sûr je ne lui ai pas parlé du désespoir que je ressens quand je désire tout de suite « il faut que tu sois en moi MAINTENANT », de la façon dont j’attire les mains à ma fente en réclamant d’être baisée « LA MAIN ENTIERE, JE TE VEUX », de la façon dont je sais me cambrer et tout prendre, le rythme rapide et fort qui caractérise mes orgasmes, bien sûr je ne lui ai pas parlé de mon désir d’être un objet et d’être possédée et du délire que je vis quand je suis totalement baisée en imaginant que je suis sur Terre que pour ça, que ma/mon partenaire remplit son unique rôle vital : me baiser, me baiser, me baiser, me baiser, me baiser.

Bien sûr je ne lui ai pas dit les rires irrépressibles qui secouent  tout mon corps quand j’atteins l’orgasme ultime, celui qui me monte dans la tête, m’empêche de respirer, anéantit mes pensées, celui qui me dématérialise de mon corps tout en le rendant si vivant présent lourd, celui qui me donne un soupçon de mort et m’apporte, en même temps que l’air revient, une nouvelle pulsion de vie. Ces rires qui n’en finissent pas et sont ponctués de pleurs car me voilà vulnérable, fragile, en danger. J’ai besoin que des bras se resserrent sur mon corps et me maintiennent, mon corps est vivant libre il m’appartient et je l’aime.

Bien sûr je ne lui ai pas parlé des longues heures passées à m’instruire  sur la culture BDSM, à rechercher des pornos qui me ressemblent, je ne lui ai pas parlé de ma propre recherche créative pornographique. Je ne lui ai pas parlé des jeux de rôles qui déconstruisent les rapports de domination et me transforment en vierge apeurée, en macho décomplexé, en pédé tapin, en consommatrice de gigolos, en esclavagiste, en femme enceinte, en romantique invétérée, en marquis princesse ou banquier, en animal ou en extra-terrestre. Je ne lui ai pas dit ma fierté d’avoir été une pute dominatrice. Je ne lui ai pas parlé des échanges sexuels collectifs tellement bienveillants et soutenants et du sentiment de bien-être et de puissance que j’en retire.

Bien sûr je ne lui dirai pas à quel point c’est récent. A quel point je me suis battue pour vivre et m’appartenir. A quel point l’éducation et la société sexistes qui ne comprennent rien aux corps des femmes et transgenres mais les contrôlent ont pesé sur moi, ont pesé sur ma représentation de moi. A quel point les violences, les coups, les viols, les abus sur mon corps m’ont empêchés longtemps de le considérer et de chercher à le connaître, me contentant d’une sexualité floue, pixellisée, grise et redondante sur laquelle la créativité et la fureur de mes fantasmes ne faisaient que ricocher.

Chaque victoire s’est enchaînée dans mon parcours de survivante. Me faire jouir seule. Prendre mon pied. Jouir encore et encore. Découvrir que ça, et comme ça et… mmmh. Ça fonctionne. Serrer la paroi antérieure de mon vagin du bout de mes doigts. Sur moi les autres ça fonctionne. Plaquer une main contre le ventre ou le dos, maintenir le corps, aller au bout revenir, jouer avec les parois doucement fort resserrer et ouvrir mon poing attendre la bulle d’air qui permet d’entrer pleinement la pression qui menace de me broyer les doigts. Ejaculer. Une fois par hasard. Puis de plus en plus, de plus en plus fort. Etre curieuse des corps car tout est à désapprendre, à réapprendre. A trouver. A inventer. C’est ça ma réappropriation, notre réappropriation.

Maman, je bande, je me branle et j’éjacule. Il fut un temps où j’avais les mêmes préjugés que toi, sur ma sexualité et celle des autres. Aujourd’hui, je sais que la sexualité n’a rien à voir avec une quelconque catégorie prédéfinie, et ne s’explique certainement pas par la différence des sexes biologiques.

Elle s’explique par la peur, les dominations, les tabous qui nous font violence dans tout ce que nous sommes. Elle s’explique par la longévité des stéréotypes permise par toutes les personnes qui comme toi, y croient et les légitiment.

Ben oui, tu vois.

Je bande, je me branle et j’éjacule.

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