Martha Marcy May Marlene

Martha Marcy May Marlene

Commentaires et ressentis sur ce film

Par Kaineus & Orithyio

Trigger Warning: Cet article parle de viol, de secte, d’emprise psychologique et physique, de Stress Post-Traumatique et d’invalidité.

Ce film est un témoignage incroyablement dense de ce que c’est « être une personne en état de stress post traumatique ». Nous sommes surprisEs qu’il n’ait pas été présenté comme tel dans les médias et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que le PTSD est son sujet central et unique.

Sommaire

Résumé général

Avoir un PTSD c’est quoi ?

Un état d’anxiété général avec des phases
Les reviviscences
Des gestes quotidiens
Notion de réalité qui devient floue
La persistance
L’impossible Verbalisation

Socialement, être une personne avec un PTSD avec les autres.

Impossible jeu de rôle social : la sœur
Le mari : questions inappropriées
Notion de bizarre puis de dangerosité

On a de la ressource

Dormir tout le temps
Résistances
Fuir

Résumé général

 

Par Orithyio

 

Ce film se centre sur une jeune personne (une femme cis) qui s’échappe d’une secte et va vivre chez sa sœur et le mari de celle-ci, parfaitement hétéronorméEs et très bourgeoisEs.
Bien qu’elle ne soit plus enfermée dans la secte, Martha semble y être encore emprisonnée. Les reviviscences servent de flash-backs sur le plan de la construction du récit. On comprend comment, en deux ans, elle a perdu tous ses repères. Le gourou de la secte s’acharne en effet à apprendre à ses membres à ne plus « vivre » mais à « exister », à n’être que dans le moment présent. Il leur demande de lâcher prise, de s’abandonner à lui. Il les renomme, acte symbolique de pouvoir : vous ne choisissez pas votre identité, c’est moi qui vous mets au monde. Il les coupe totalement de l’extérieur. Les membres de la secte vivent en effet reclus, dans la pauvreté (ielles ne peuvent manger qu’une fois par jour), entretiennent une ferme sans eau ni électricité, survivent par la culture et les petits larcins. Jusque là on pourrait se dire génial, c’est un mode de vie alternatif. Loin de là. Dans le monde de la secte, les femmes ne s’appartiennent plus. Leurs corps doivent être purifiés par le gourou, elles sont droguées et violées lors de leur première nuit à la ferme. Puis, leurs corps peuvent être violés par qui veut, le plus souvent en pleine nuit, dans un dortoir commun. Les femmes mangent après les hommes et s’occupent seules des tâches ménagères. Seuls les enfants garçons sont gardés, et toutes les femmes doivent alors s’en occuper collectivement. Aucun loisir, aucun média, aucune technologie, seuls les terribles concerts (tant sur le plan musical que symbolique) des hommes de la secte servent de distraction.
Dans le présent, la jeune femme est terrassée par la peur et la culpabilité. Elle dort tout le temps, éreintée par ses angoisses. Elle ne comprend plus le monde extérieur et ses codes. Et on la comprend, vu le monde terriblement égoïste et matériel dans lequel elle se retrouve.  On comprend aussi, du coup, ce qui a pu l’attirer initialement vers la communauté sectaire.
Son quotidien est rythmé par les reviviscences traumatiques, les cauchemars et les hallucinations. Tout au long du film, les personnes de la secte restent présentes dans sa vie, sans qu’on puisse vraiment savoir si elles la harcèlent véritablement ou si leur présence est symbolique de l’emprise qu’elles exercent toujours sur elle.
Sur le plan cinématographique, les plans très larges s’enchaînent, plans dans lequel le personnage de Martha semble écrasé en permanence : elle est rendue minuscule. Petit à petit les plans se resserrent et reviennent sur son individualité. Tantôt elle appartient à un tout qui la dépasse, tantôt elle retrouve une force individuelle et un certain éclat.
L’intérêt du film repose aussi sur le silence de Martha : elle ne parle pas, ni dans le passé, ni dans le présent. Et à chaque fois qu’elle y parvient, c’est la domination masculine qui l’écrase et la fait taire. Sa parole n’a pas de valeur, elle ne doit pas vivre. Même dans le présent, elle fait peur aux autres et on préférerait qu’elle ne soit pas là, qu’elle disparaisse.
Ce portrait de PTSD nous a beaucoup touchéEs, et a cet intérêt de montrer de façon très juste cette colonialisation du corps et de l’esprit qui suit un viol ou une relation d’emprise.

 

Par Kaineus

Lors d’un second visionnage qui avait pour but de préparer cet article, je n’ai pas pu m’arrêter de prendre des notes pendant tout le film. Même si les plans du film sont lents, j’ai même du mettre sur pause quelque fois pour avoir le temps de noter la richesse de cette observation du PTSD !

Je vais décrire les trois points qui, pour moi, sont développés dans le film.

Avoir un PTSD, c’est quoi ?

Dans le film, nous suivons Martha dès sa sortie de la secte. Le film fait donc un portrait du PTSD tel qu’il peut être vécu au commencement de sa manifestation pour Martha. On peut vivre un trauma et manifester un PTSD bien plus tard. Mais pour le personnage principal, ça commence dès sa fuite de la secte.

Un état d’anxiété général avec des phases

Dans l’ensemble, le film illustre bien le fait que l’on vive sur un manège forain (roller coaster) avec une anxiété qui monte jusqu’à son sommet, puis qui chute. Et ça recommence… :

Arrivée chez sa sœur, sa première question est « est-ce qu’on est loin (de l’endroit où tu m’a récupérée hier) ? ». Martha cherche sans doute à se rassurer, à se sentir en sécurité. Malheureusement son anxiété ne fait qu’augmenter pendant les jours qui suivent son arrivée. Elle dort par terre, toute habillée, en alerte. Elle bloque sa porte avec une chaise. Les événements du quotidien résonnent avec les événement du quotidien traumatique qu’elle a vécu. Rien n’est simple. Nous voyons l’anxiété augmenter en Martha : ne pas se sentir à sa place, puis craindre pour sa sécurité quand elle dort ; Elle a le sentiment d’être observée, de ne pas être seule. La nuit, elle vérifie le dehors par la fenêtre de sa chambre. Elle vérifie le sol au pied du mur qui donne à sa chambre, elle y cherche des traces, elle cherche des preuves pour savoir si elle est réellement observée. Mais quand on cherche des preuves, on en trouve : Est-ce que la voiture garée dans la forêt appartient à la secte ou au joggeur qu’on a vu passé ? Est-ce que le serveur de la fête fait partit de la secte ou bien est-ce qu’elle pense si fort être en insécurité qu’elle imagine le connaître ? L’anxiété monte jusqu’à la fête où elle fait ce qu’on pourrait appeler « une crise d’angoisse ». « Il est là », crie-t-elle, « il faut partir loin! Vite ! ». Au moment où l’angoisse est au sommet, elle veut fuir. La fuite devient l’unique pensée qui compte et la seule qui ait du sens. Elle est contenue par sa sœur et son mari. Nous voyons Martha en état de choc, emprisonnée dans cette unique sensation : Danger, Fuir. Elle tremble, crie, pleure.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la crise d’angoisse arrive pendant la fête. Car le peu de repères qu’elle a su se créer en 2 semaines chez sa sœur sont bousculés par pleins d’inconnus dans la maison et par la disposition des lieux qui change pour accueillir l’événement.

Après la crise, elle est calme à nouveau mais un peu perdue (elle appelle sa sœur « maman »).

Puis nous observons sont anxiété regagner du terrain peu à peu et très vite à la fois.

Les reviviscences

Dans le film, les scènes du passé et du présent se succèdent, non pas seulement pour que nous comprenions d’où elle vient, mais aussi parce que son passé se rappelle à elle sans qu’elle l’invoque : ce sont des reviviscences. Toutes les scènes du passée ne sont pas concernées par ce rappel dans le présent de la narration, mais la plus grande partie l’est.

Des gestes quotidiens

Ces successions de scènes nous font ressentir le basculement de la réalité que l’on vit lors d’une reviviscence : un geste habituel, une odeur, une sensation attire un souvenir traumatique qui se manifeste avec la même intensité que lorsqu’il a été vécu. Pour exemple dans le film, le passé se manifeste dans le présent de Martha et lui fait revivre des moments plus ou moins intenses : nager dans le lac/nager dans la rivière, plonger dans le lac/plonger de la cascade, être dans des couvertures dans sa chambre/être dans des couvertures dans la chambre de Patrick, tourner une cuillère dans un verre de thé/tourner une cuillère dans la mixture pour droguer une nouvelle arrivante dans la secte. Le moindre geste banal la rapporte à la situation traumatique où elle l’a vécu.

Notion de réalité qui devient floue

Le film montre bien les reviviscences comme des instants du passé qui se superposent à la réalité du présent. Cela produit une perte de repères chez Martha qui sort de chaque manifestation de reviviscence comme un peu engourdie. Elle ne sait plus si elle est dans un souvenir où dans une réalité. Cela l’entraîne à la fois à continuer de ne pas se sentir en sécurité dans la réalité présente, et aussi à perdre conscience de la différence entre le réel et l’imaginaire. Elle dit à sa sœur : « Est-ce que ça t’arrive aussi de ne plus savoir si c’était un rêve ou un souvenir ? » Sa sœur lui répond que non. La différence clair pour n’importe qui entre imaginaire et réel est une frontière floue pour la personne avec un PTSD qui n’arrive plus a se fier aux repères temporels tels que « le passé est un souvenir qui ne revient pas et que l’on regarde de notre position présente avec distance et détachement ».

La persistance

Dans ce film, Martha vit des reviviscences intenses, qui ont l’air de durer un certain temps : à la différence d’un simple souvenir, la reviviscence prend du temps, occupe la place dans la tête, on n’est plus disponible pour rien car on revit un instant du passé. Par exemple, Martha se fait réveillé par le mari parce qu’elle dort sur le canapé (comprend-on dans le film). Mais elle y superpose le souvenir d’un abus sexuel qu’elle a vécu de Patrick : elle se débat, fuit, et le frappe dans l’escalier. On voit bien la persistance des sensations du passé traumatique qui revient dans cette exemple. Il lui a fallu traversé la moitié d’une grande maison et frapper quelqu’un pour se rendre compte qu’elle n’était pas dans la réalité. « J’étais confuse » s’explique-t-elle à sa sœur, « je l’ai prit pour quelqu’un d’autre. »

L’impossible verbalisation

Il y a plusieurs choses qui rendent impossible à verbaliser ce que l’on vit et ce que l’on a vécu lorsqu’on est en état de stress post-traumatique. Le film nous montre clairement 3 situations : la première est le décalage entre ce qui a été vécu et ce qui peut être exprimer. Sa sœur lui demande : « est-ce que ton petit ami t’as frappé ? », non lui répond Martha. C’est vrai, il ne l’a pas frappé. La question étant fermée (elle ne peut répondre que par oui ou par non), Martha ne peut pas expliquer ce qu’elle a vécu.

La seconde est la conséquence de la rupture avec la notion de réalité (toujours cette phrase « si c’était un rêve ou un souvenir »). Comment parler de quelque chose dont on ne connaît même pas la nature ? Dont on ne sait même pas si cela nous est réellement arrivé ?

Le film suggère que la culpabilité l’empêche également de parler : la secte lui a fait prendre part dans ses crimes, elle s’est rendue responsable de droguer et faire violer une nouvelle arrivante dans la secte. Même si je le vois entre les lignes, je pense que c’est bien une des raisons qui rende le vécu indicible : on ne peut pas se positionner comme victime, on y a participé. Le rôle que l’on a joué s’écarte de « victime » pour devenir « bourreau » et c’était sans doute le but de la secte : faire peser la responsabilité sur chacunE afin de lier les individus à la secte et garder le secret collectivement. Cette dernière situation n’est pas propre au PTSD mais uniquement au vécu de Marta. Cependant, en tant que victime, cette impossibilité à dégager notre responsabilité des événements me parle.

Socialement, être une personne avec un PTSD avec les autres.

En tant que personne avec un PTSD, on peut avoir besoin de notre entourage. Mais parfois notre entourage a besoin de choses qu’on ne peut pas lui apporter en tant que personne avec un PTSD.

« Elle semble aller bien », rapporte la sœur à son mari lors de l’arrivée de Martha. Parce rien n’est visible sur le corps, les gens pensent que tout va bien. On identifie une victime à ce qu’on voit qu’elle a souffert. Les agressions qu’a vécu Martha sont invisibles de l’extérieur. Et comme la verbalisation est impossible, l’entourage ne remarque pas l’état que l’on peut vivre. L’entourage continue a se comporter avec nous avec les mêmes attentes, ielles continuent de jouer le jeu social et attendent de nous d’y participer.

Impossible jeu de rôle social : la sœur

L’incompréhension face au décalage entre ce qu’on attend de Martha et ce que Martha vit est très bien illustré dans le film par le rôle de sa sœur. Dès le lendemain de son arrivée, au petit déjeuner, sa sœur lui fait la conversation. Elle lui parle d’elle, de la maison, des vacances. Elle agit sans remarquer que Martha se cache dans ses cheveux et dans ses manches de pull alors qu’on est en été. Ces questions sont tellement éloignées du vécu traumatique de Martha qu’elle ne sait pas comment interagir avec sa sœur. On voit Martha gênée, peut-être parce qu’elle ne sait pas quoi répondre, ou parce qu’elle ne correspond pas aux attentes sociales de sa sœur. Ce sentiment de ne pas vivre la même réalité que « tout le monde », je l’ai vécu aussi. Ce que j’ai vécu n’est pas visible dans le film mais est la conséquence de cette situation : je me sentais gêné, j’avais le sentiment de déranger.

On peut aussi se dire que le film montre sa sœur comme une personne égoïste qui ne se soucie que d’elle-même. Mais je trouve le portrait plutôt approprié : finalement, le comportement de la sœur n’est pas plus égoïste que n’importe qu’elle personne dans le système capitaliste chez qui tu passes du temps et qui ne sait pas que tu es unE survivantE. C’est le décalage entre ce que ça demande comme participation et ce que peut offrir Martha au jeu de rôle social qui nous est montré dans le film et qui me paraît très représentatif de ce que j’ai pu vivre avec mon entourage.

Plus le temps passe, moins sa sœur trouve « normal » le comportement social de Martha. Quelque chose ne va pas. Elle lui demande d’avouer. Avouer car la seule explication au fait que Martha de rende pas la pareil dans les discussions et flatteries diverses serait que Martha ait une dent contre elle. Elle demande à Martha si elle est coupable du fait de n’avoir pas été dans sa vie pendant 2 ans.

En analysant nos comportements avec une grille de lecture normée des rapports sociaux, et en l’absence d’explication de notre part, l’entourage interprète et tire des conclusions sur nos relations avec elleux qui s’avèrent forcement fausses. Ce qui conduit à beaucoup d’incompréhension et à moultes drama:)

 

Le mari : questions inappropriées

Martha parle peu. Les rares questions qu’elle pose semble inappropriées. Ces questions surgissent à des moments inattendus. Parce que ses questions ne sont pas posées dans le but d’interagir dans le jeu de rôle social avec les autres mais constituent un moyen pour Martha de remettre en question ce qu’elle voit et vit, pour remettre en question ce qu’elle a vu et vécu. Martha utilise ce moyen pour comprendre. Désarmée par le vécu traumatique, elle réapprend ce qui « normal » comme un enfant poserait des questions inappropriées à des moment inattendus : « Papa, comment on fait les bébés ? » , montre la célèbre publicité, posée par une jeune personne, le matin pendant le petit déjeuner. Ce n’est pas l’intention de Martha d’être choquante et embarrassante. Comme un jeune enfant, elle tente de se construire des repères dans la réalité en interrogeant ce qu’elle vit. Ça lui permet de faire lentement la part des choses dans ce qu’elle a vécu.

Mais ce comportement n’est pas acceptable socialement par une adulte. Martha demande : « est-ce vrai que les couples mariés ne baisent plus ? » ; plus tard elle imagine mal sa sœur avec un bébé et explose de rire. Le mari ne sait pas comment réagir. Il la laisse tranquille malgré tout. Il est possible que ce soit un comportement empreint de domination sexiste et âgiste (la pauvre fille, la petite sœur de sa femme).

Martha doit donc réapprendre ce qui est normal. Jusqu’à rentrer dans le lit de sa sœur pendant qu’elle et son mari ont un rapport sexuel. Martha vient d’avoir une reviviscence dans sa chambre et cherche du réconfort. Dans son vécu traumatique les limites du consentements individuels ont été détruites ; soit elle ne comprend pas ce qu’elle fait en entrant dans ce lit, soit elle cherche a vérifier ce qu’elle considère comme normal. Contrairement aux autres situations inappropriées que Martha a provoquée et qui pouvaient être ignorées ou considérées comme étrange mais rattrapables (les questions, se baigner nue dans le lac, …), cette situation va constituer un point de rupture car il touche aux tabous sociétaux.

Du coup, sa sœur comprend enfin que Martha va mal. Elle lui fait répéter « je ne dois pas être dans le lit d’un couple qui fait l’amour – parce que c’est privé et que ce n’est pas normal ». Martha répète.

Il aura fallu que Martha touche le tabou pour qu’enfin quelqu’unE se rende compte qu’elle ne va pas « bien ».

La réaction du mari est très différente. On le voit exploser. Ce n’est plus possible pour lui de laisser couler. Elle va trop loin. Martha touche à son intimité et il n’a pas prévu de tolérer cette invasion.

Notion de bizarre puis de dangerosité

Dans le film, on voit bien que cette scène constitue un virage dans le rapport social que renvoie Martha. Elle était tolérée dans la maison comme étant une personne bizarre. Mais suite à l’intrusion dans l’intimité, le mari dira d’elle qu’elle est « insane » (malade, mais de façon un peu inquiétante).

Lors d’un repas, il lui dira « Quels sont tes plans ? » comme pour la mettre dehors.

Cette réaction à deux visages – ignorer les signes de mal être ou rejeter la personne – est fréquente. De nombreuses personnes de nos entourages font comme si tout était normal car leur unique réaction face à une réalité différente serait de nous rejeter. Pour elleux, si on ne va pas bien, c’est qu’on va mal, et ces personnes cristallisent souvent des fantasmes sur les états mentaux différents. Par méconnaissances, par craintes. Ielles préfèrent donc souvent ignorer les signes de mal être. Mais, en touchant un tabou, Martha passe de personne bizarre à personne dangereuse. En effet, comme on ne peut pas la comprendre, on ne peut pas prévoir ce qu’elle va faire. Pour certaines personnes, l’imprévisibilité est synonyme de potentielle dangerosité. Paradoxalement, c’est quand on dépasse les limites du « bizarre mais tolérable » que le PTSD devient visible. La sœur veut prendre soin de Martha mais elle ne comprend pas ce qu’elle vit et n’a pas de ressources. Alors, quand Martha frappe son mari lors d’une reviviscence, elle lui dit qu’elle va l’amener dans un institut. La dangerosité est établie, il faut l’éloigner « quelque part où [elle] sera soignée. ». Soucieuse, elle demande à Martha s’il lui reste de l’argent :  « Non. -C’est ce que je pensais… On prendra tout en charge. »

Dans le système capitaliste, prendre soin de quelqunE, c’est payer pour iel. Du coup, la sœur aura la conscience tranquille. Elle « prend soin » de Martha en faisant en sorte qu’elle aura accès à la psychiatrie. L’entourage n’a souvent aucune autre ressource que la psychiatrie et l’exclusion.

 

On a de la ressource !

Le PTSD est un état qui protège. Le traumatisme nous fragilise et c’est l’état de stress post traumatique qui nous fait survivre. Même s’il nous pèse et nous rend impossible à vivre socialement de manière normée, on lui doit de nous avoir protégéEs d’une situation où notre mental n’avait pas de ressources.

Dormir tout le temps

Dans le film, on voir Martha dormir à tout moment, et cela paraît habituel. En effet, la dépense d’énergie que demande l’état anxieux et les reviviscences épuise le corps et l’esprit. Moi et Orithio nous nous retrouvons complètement dans ce portrait. Le sommeil est aussi une fuite face à une réalité trop difficile à appréhender. En état de stress post traumatique, l’énergie que ça nous demande de « vivre » est énorme. Alors, quand on vit avec d’autres personnes, l’énergie disponible pour avoir des interactions sociales est limitée. Si on n’a pas le choix, on s’épuise encore plus rapidement.

Pendant que l’on dort, on reprend des forces physiques. Le cerveau récupère aussi. Le PTSD gère à notre place l’énergie disponible en nous faisant dormir. Tout le temps. Jusqu’à ce qu’on puisse faire face.

Résistances

Quand on commence à vivre en état de stress post traumatique, il nous arrive d’avoir des réactions virulentes face à des situations qui, de l’extérieur, ne le mériteraient pas forcément ; et cela sans qu’on en est conscience. Le mental est tellement occupé à trier ce qui est vrai du faux, ce qui est regardable en face de ce dont on est pas encore prêtE, et à répartir l’énergie entre l’état d’alerte permanent et les reviviscences, il n’a tout simplement pas la possibilité de gérer plus. Ainsi nous avons des résistances face aux situations qui demande de la préoccupation.

Dans le film, on voit la sœur de Martha tenter de la mettre dans un moule lorsqu’elles discutent sur le pont. Elle tisse un raisonnement pour comprendre la responsabilité de chacune dans l’absence de contact qu’elles ont eu pendant deux ans et tente de faire avouer à Martha son point de vue. Comme Martha ne répond pas, elle dresse d’elle un portrait de personne à charge. Martha hurle subitement « je suis un professeur et un guide ! » , titres qui lui ont été attribué par Patrick.

Martha n’a pas encore d’environnement favorable pour exprimer ce qu’elle est. Mais elle peut résister à la tentative de mise en boite de sa sœur, avec les ressources qu’elle peut, en l’occurrence des mots qui lui vienne de son vécu traumatique. Le PTSD est un état étrange qui laisse entrer en nous ce qu’on est capable de digérer et qui rejette violemment ce que l’on est pas prêtE à entendre. Non pas que Martha soit une personne dépendante. Mais elle n’est pas disponible mentalement pour dresser un portrait qui la défendrait.

Dans la même scène, Martha continue en disant à sa sœur : « c’est pas parce qu’on est sœur qu’on doit se dire tout ce qui nous passe par la tête. ». Elle a identifié que cette personne ne constituait pas un environnement favorable à son expression et exprime une forte résistance. Face à cela, sa sœur ne cherchera plus à faire parler Martha.

Fuir

La fuite, c’est se mettre hors de danger quand on est pas capable de l’affronter. La fuite est une réaction très corporelle : face au danger, le cœur bat plus vite pour approvisionner en sang neuf tous les muscles, les pupilles s’agrandissent, l’adrénaline nous donne de la puissance… Et sa marche. Martha va chez sa sœur parce qu’elle a fuit la secte, elle a su se mettre en sécurité.

Le problème c’est que le PTSD nous fait vivre un état d’alerte permanent. Il est difficile de faire la part des choses. La notion de danger reste et on ne se sent en sécurité nulle part.

La fuite est un système qui a fonctionner et notre état de stress post traumatique le reproduit comme étant une réponse acceptable. Alors, remercions le système de fuite de fonctionner mais essayons de lui dire au revoir quand on est en sécurité.

Le problème c’est le doute. Martha ne se sent jamais en sécurité et cherche des preuve à cette sensation. Il nous faut apprendre à discerner les environnements qui nous mettent en sécurité de ceux qui nous mettent en danger. Comme ce n’est pas simple de discerner un environnement sécurisant mentalement, la sensation d’insécurité persiste. Mais tant que Martha n’aura pas les moyens de discerner ce qui la met en sécurité de ce qui la met en danger, la fuite lui est utile : dans le doute, elle sera protégée.

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2 réflexions sur “Martha Marcy May Marlene

  1. Bonjour, j’ai regardé ce film grâce à vous et j’en suis toute retournée (plusieurs heures plus tard). Il est très très intense… Merci beaucoup pour ce blog, cette découverte.

  2. Pingback: Jessica Jones | Philomèle

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