J’espère qu’un jour tout ça n’arrivera plus à personne

J’espère qu’un jour tout ça n’arrivera plus à personne

Par Elliot

trigger warning : cet article parle de viol, de transphobie parentale et hospitalière, de psychiatrisation forcée.

Je m’appelle Elliot, j’ai 15 ans. Je suis un mec trans tout ce qu’il y a de plus binaire. (je n’ai pas toujours été comme ça, mais c’est une autre histoire.)
Il y a un an, après de nombreux traumatismes (dont un viol et une tentative de viol, du harcèlement sexuel dans une relation abusive…) et problèmes avec mes parents transphobes et âgistes, ainsi qu’une santé mentale se dégradant rapidement, et enfin après une tentative de suicide causée par un épisode psychotique de déréalisation (= je pensais être dans un rêve et devoir me tuer pour me réveiller) provoqué par l’alcool et les médicaments que je prenais à l’époque (ajoutés à ma condition de bipolaire non diagnostiqué), j’ai été hospitalisé en pédopsychiatrie.
Là bas, transphobie dés l’accueil. Des « elles », l’usage de mon prénom de naissance est fait sans arrêt.
Le médecin là bas décide que je suis trop féminin, que je n’ai pas assez joué aux petites voitures ou aux soldats de plomb, que je mens sur tout (car mes parents ne sont jamais d’accord avec ma version, et il préfère les croire quand je parle de ce qui se passe dans ma tête). Il décide que je suis une fille, instable, qu’il ne faut pas prêter attention à mon délire transgenre.
Ma santé mentale déjà affaiblie par la maladie se dégrade de plus en plus, avec des médicaments qui n’y arrangeaient rien. Et surtout cette transphobie constante. On m’explique que je suis une fille, que j’ai un corps de fille, que j’aurai changé d’avis plus tard. Que j’ai été manipulé par des gens plus âgés, trans eux aussi – les seules personnes à m’avoir apporté le moindre réconfort après un coming out où j’ai perdu presque tous mes amis – et où j’ai aussi, dans un sens, perdu ma famille.
Le médecin ne croit rien de ce que je lui raconte sur mes traumatismes passés. Il me force à les raconter en détail alors que je ne suis pas prêt. Il doute, parce que quand même, trois personnes, c’est improbable, dans un collège, c’est improbable, au moins trois abus sexuels, dont un sur le long terme, c’est improbable, et puis c’est bizarre quand même que j’aie soit disant aimé à ce point quelqu’un qui habitait loin, parce que, c’est bien connu, internet et les amis qu’on s’y fait ne valent rien.

Je rencontre un garçon à l’hôpital. Il est parfois gentil. Mais souvent il se met en colère et là il sait comment nous faire mal, avec ses mots, à nous tous qui sommes enfermés avec lui.
Je crois que j’ai commencé à avoir des sentiments pour lui. Toujours est-il qu’on a beaucoup flirté. Jusqu’à ce qu’une amie se décide à nous dire qu’on devrait se mettre ensemble, ce qu’on a fait.
Quelques jours plus tard, il m’attire dans sa chambre un soir. Je me doute de ce qu’il veut, et pourtant je n’arrive pas à lui dire non. Il me fait très peur, et il est très brutal avec moi. Je « consens » – enfin, je me tais parce que j’ai peur – à une partie des actes. Puis j’essaie de partir. Il me retient. J’ai mis longtemps à appeler ça un viol. Parce que je n’ai rien pu dire, au final.
Néanmoins, je savais que quelque chose n’allait pas avec ce qui s’était passé, je savais que je n’y avais pas consenti. Plus tard les médecins ont appris ce qui s’était passé – du point de vue de Théo, parce qu’il s’appelait Théo. Tout acte sexuel est interdit dans les unités psychiatriques (en tout cas, celles où j’ai pu me trouver, et je me doute que dans les autres aussi).
Je suis viré. Théo ne l’est pas.
Le médecin explique à mes parents qu’il ne faut surtout pas me croire, parce que je suis instable, malade. Il dit que j’ai avoué avoir menti en disant que je n’avais pas consenti. C’est à dire qu’il a lui même menti pour me créer des problèmes.
Ma mère m’a même dit, « tu n’es pas obligée de dire qu’il t’a violée ! Tu as le droit d’avoir aimé, tu n’as pas à essayer de sauver ta réputation de soi-disant lesbienne, tu sais. »
J’espère qu’un jour tout ça n’arrivera plus à personne.

Je me reconnais aussi très bien dans le vécu d’Elsa : cet appui sur le mauvais pronom, ce sourire satisfait. (ah, les cis, tous les mêmes!)

Je vous souhaite à tou-te-s une merveilleuse journée et du courage.

 Elliot, aka @ShatterMe_

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