Unbreakable Kimmy Schmidt – Une série drôle et absurde sur le PTSD.

Unbreakable Kimmy Schmidt –  Une série drôle et absurde sur le PTSD.

Par Orithyio

Unbreakable est une série complètement absurde qui fait un bien fou, dans laquelle le traumatisme et le PTSD tiennent une place centrale. L’angle choisi est super powa, drôle, et n’empêche pas une critique sociétale acerbe.

Casting :

Série créée par Tina fey et Robert Carlock

Kimmy : Ellie Kemper

Titus (colocataire de Kimmy): Titus Burgess

Lillian (la propriétaire de Kimmy et Titus) : Carol Kane

Jacqueline Voorhees (employeuse richissime de Kimmy): Jane Krakowski

Synopsis :

Kimmy a été enlevée à 15 ans et enfermée dans un bunker avec trois autres femmes. Le prédicateur qui les a capturées leur a fait croire que l’Apocalypse avait eu lieu et qu’il n’y avait aucunE survivantE sur Terre, et que dehors tout était flammes et chaos. Libérées brusquement par des forces de l’ordre, les 4 femmes découvrent que rien de tout ce mensonge apocalyptique n’est vrai et que dehors la vie a continué en leur absence. La presse s’empare de l’affaire d’une façon très voyeuriste et les affuble du nom « femmes-taupes ». Après une émission à laquelle elle participe à New York, Kimmy décide de rester dans la ville de façon anonyme et de ne pas rentrer dans l’Indiana. Elle n’a qu’une enveloppe avec un peu d’argent sur elle, aucun plan pour se loger ou pour travailler. Pourtant des rencontres hasardeuses la conduisent à trouver un appartement qu’elle partage en colocation avec Titus, une pédale flamboyante racisée, comédien désespéré qui ne veut que la gloire. Elle trouve aussi un emploi d’assistante auprès de la richissime famille Voorhees.

Ce qu’on aime dans cette série :

Le post-traumatic stress-disorder est visible, et on se reconnaît bien dans l’héroïne :

Kimmy a un réel PTSD, bon ce n’est pas posé dans ces termes, mais elle a vraiment tous les symptômes de cette maladie : elle fait des cauchemars avec somnambulisme, réagit étrangement à son environnement, fait du déni total (évitement, refus de parler de son passé, tentative de faire croire qu’elle est comme « tout le monde »), elle sursaute dès qu’elle entend un bruit de scratch ( ! ) et a des reviviscences permanentes de ces années passées dans le bunker… tout cela est traité avec légèreté, et ça fait du bien. Parce que si nos vies sont dures et nos symptômes invalidants, malgré tout ça nous arrive souvent de prendre notre maladie avec humour et dérision. On le sait bien, nous, les personnes qui écrivons sur Philomèle : entre nous on a développé un véritable humour PTSD, ça nous arrive tout le temps de nous moquer gentiment des symptômes des unEs et des autres et même de faire des blagues dessus. C’est génial parce que ça permet de prendre du recul, et rire des choses qui d’habitude nous mine nous rend plus fortEs. Ça nous permet aussi de nous sentir en lien les unEs avec les autres, et ça aussi c’est du care !

L’aspect attachant des personnes avec PTSD

Cette série montre un aspect des personnalités PTSD jamais vu ailleurs : la pulsion de vie. Quand on a vécu l’horreur, la mort, la brisure du corps, ben souvent on développe aussi une capacité à apprécier le moment présent, à s’émerveiller de petites choses, à être fascinéEs par des éléments que peu de personnes voient. Parce qu’on a survécu, qu’on est en vie, et qu’on sait combien les petits bonheurs sont précieux.

On peut faire une méga crise d’angoisse, et deux secondes après s’éclater à faire des dessins, un super repas vegan, un patch DIY. On marche et on s’arrête devant des paysages sublimes – ou même pas du tout sublimes- et on y voit des tas de choses qui nous saisissent par leur beauté, leur poésie, leur étrangeté. On est particulièrement capables de contempler, d’apprécier les moments chouettes. Eh bien Kimmy est exactement comme ça : elle sourit tout le temps, est emballée, apprécie des tas de choses, elle croque à fond la vie dont elle a été privée pendant quinze ans. De l’extérieur, elle peut sembler un peu naïve et puérile, mais en fait, à mes yeux, ce n’est pas de la naïveté : elle est perspicace et ne se laisse pas faire. Son côté enfant est renforcé par le fait qu’elle a été kidnappée très jeune et est donc restée assez enfantine dans ses goûts, sa culture, et sa façon d’être. Mais pour moi, ce côté-enfant n’est pas lié qu’à l’âge de son kidnapping, mais aussi au traumatisme lui-même. Le côté enfantin, joueur et malicieux, je le retrouve chez touTEs mes potes qui ont vécu des traumatismes… Peut-être par réaction à l’horreur, notre enfant créatif, curieux, foufou, a davantage tendance à s’exprimer.

Une critique omniprésente de la société pro-violences

Les médias

Ils s’en prennent plein la gueule, pour notre plus grand bonheur !!!!

Leur voyeurisme, leur manque d’éthique, leur absence d’humanité vis à vis des victimes constituent un sujet central de la série qui apparaît au cours des premières minutes, dès la libération des quatre femmes du bunker.  La caméra ne suit plus alors que les Unes des journaux télévisés, comme pour montrer l’effacement du vécu des individus en nous mettant dans la peau d’unE voyeuriste de faits-divers. Le générique de la série n’est rien d’autre qu’une interview chantée du voisin du bunker qui rapporte toute l’intervention des forces de l’ordre. Le premier épisode, après le générique, enchaîne directement sur une émission de télévision consacrée aux quatre victimes. On n’a donc pas encore eu d’autre écho que celui des médias concernant leurs vécus et leurs émotions. Les quatre femmes n’ont plus d’identité, elles sont les « femmes-taupes » malgré les protestations de Kimmy. C’est suite à cette interview à New York, et grâce à l’argent collecté (lorsque les médias font pleurer les chaumières, les mains se font généreuses) que Kimmy décide de s’échapper de son carcan et de vivre dans l’anonymat. Ce n’est qu’à ce moment là que la caméra ne va plus suivre les émissions mais Kimmy, dans sa nouvelle « vraie » vie.

La justice

Les derniers épisodes de cette première saison sont consacrés au procès du prédicateur. Bon, vous savez que sur Philomèle, on n’a aucun espoir concernant la justice républicaine, eh bien apparemment c’est largement partagé par les créateurTRICEs de Unbreakable. Les avocats de la partie civile n’en ont rien à foutre de l’affaire et n’ont préparé aucune défense valable (enfin si, iels regardent des séries policières pour s’entraîner…). Le prédicateur, beau parleur, assure lui-même sa défense. Il utilise argument absurde sur argument absurde, joue de son charisme et de ses connaissances en manipulation pour se mettre d’emblée le juge, les jurés, et l’audience dans la poche. Il utilise une méthode classique, propre à tous les pervers narcissiques, consistant à retourner l’opinion publique contre les victimes.

Kimmy, qui ne voulait pas assister au procès, va être finalement obligée de s’y rendre par crainte que son bourreau ne s’en sorte et que son histoire à elle et son traumatisme ne soient pas reconnus. Elle va devoir faire des pieds et des mains, allant jusqu’à retourner sur les lieux où elle a été enfermée, pour montrer la vraie nature de son kidnappeur. C’est à elle de se débattre pour amener des preuves. Elle n’arrête pas de s’en prendre plein la gueule par tout le monde: l’audience, les médias, et aussi les autres victimes. Tout ce procès est traité de façon totalement absurde (à mourir de rire sur certains passages) , pourtant la critique de fond est bien là. Quand on sait que le plupart des auteurs de violence sont relaxés pour manque de preuve, quand on voit les horreurs que les mecs accusés de viol osent sortir durant les procès sans que ça gêne personne… tout le long de la série, je me disais qu’ Unbreakable était à peine plus absurde que le procès du Carlton, ou d’autres moins connus auxquels j’ai assisté.

Les réactions tordues de l’entourage de Kimmy

Au début, Kimmy réussit à cacher à toutes les personnes qu’elle fréquente qu’elle est une « femme-taupe ». Puis, au fur et à mesure qu’elle se dévoile, elle fait face à tous types de réactions : entre la plainte (la pôôôôôvre petite), le rejet (je ne veux rien savoir, hors de chez moi), la gêne (mh, ah oui-oui-oui, mmh-mmh, d’accord), l’utilisation en vue de se faire mousser (je connais une femme-taupe !!!! voulez-vous m’interviewer ?), les tentatives d’aide qui n’aident pas du tout… ben, franchement, Kimmy doit subir vraiment plein de merdes (elle garde son sourire). Tout ça illustre bien les combats qu’on a sur Philomèle, à savoir la lutte contre le tabou des violences et la critique des réactions inappropriées autour de l’annonce d’un vécu de violence. Notons que la série reste extrêmement pudique, en contraste avec les médias voyeuristes, puisque qu’on ne sait à aucun moment l’étendue de ce que les femmes ont vécu dans le bunker. A part le fait d’avoir été enfermées sous terre à devoir supporter l’ennui et le manque de lumière, on ignore si elles ont subi des violences sexuelles ou physiques.

Une série anti pervers-narcissique et qui les dévoile bien

Bon dans cette série, il n’y aucun mec cis blanc hétéro qui ne soit pas complétement ridicule !!!! Ça aussi ça fait du bien. Les seuls mecs cis qui sont un peu sympathiques sont des pédés ou des sans-papiers !  Ah-ah !

Après le prédicateur, Kymmie va rencontrer deux autres pervers narcissique sur son chemin… sûrement pas pour rien… ces gars-là sentent la faille chez elle à des kilomètres, et aussi sa force qu’ils ont envie de détruire. Évidemment, les PN de la série ne sont pas subtils, puisque tout est exagéré et traité de manière absurde. Toutefois, je trouve que la série présente bien leur façon de faire, leurs stratégies, leurs personnalités. Ils veulent briller, avoir un auditoire, devenir TOUT dans la vie de leurs victimes, n’avoir aucune concurrence et les éloigner de tout le monde. Ils créent autour d’eux une aura de force , une image toute-puissante alors qu’ils sont faibles et démunis et ne peuvent survivre qu’en aspirant les autres. En tous cas c’est la première fois que j’arrive à regarder une histoire qui implique des PN en en rigolant et en me foutant de leurs gueules, et ça fait un bien fou !!!!

Des victimes toute différentes

Autant on revendique une identité de « victime » sur Philomèle, autant on sait que, sous cette identité qui nous permet de nous retrouver, il y a des tas de réalités différentes liées aux histoires de vie, aux caractères, aux ressources etc. de chacunE. Ceci apparaît aussi clairement dans Unbreakable, avec quatre profils de victimes totalement différents. Il y a une victime qui a un syndrome de Stockholm (elle aime le prédicateur et rêve de pouvoir retourner dans le bunker), il y a celle qui veut juste faire semblant d’avoir une vie de rêve (quitte à profiter de la pitié des genTEs qui l’entourent),  il y a celle qui ne perd pas le Nord et tente de tirer le meilleur de ce vécu de merde en lançant sa marque, et enfin il y a Kimmy, qui tente de se retrouver, de savoir qui elle est vraiment (en restant dans le déni au début, puis de moins en moins). Les flash-back de la période bunker montrent que même durant l’enfermement, elles avaient déjà des façons totalement différentes de réagir (une était « ravie » de sa situation, une a eu plusieurs grosses crises de déréalisation, une restait isolée en faisant semblant de ne pas parler anglais pour ne pas devoir subir les autres, et enfin Kimmy a trouvé un sens à son enfermement en s’occupant de tout le monde).   Peut-être pas tant unbreakable que ça, les filles, mais survivors, ça c’est sûr !

Une série intersectionnelle, avec d’autres sujets de luttes largement représentés

Racisme et homophobie

Le coloc de Kimmy, Titus,  est noir, et la série ne cesse d’aborder ses difficultés de vie en tant que personne racisée. Là encore, c’est traité de façon comique, mais ça touche juste. Titus ne cesse de rappeler toutes les situations racistes qu’il vit quotidiennement, et excédé, il va même jusqu’à sortir de chez lui déguisé en loup-garou parce qu’il trouve ça plus simple d’être un loup-garou dans la rue que d’être noir.

Il y aussi quelque passages franchement militants-powa , par exemple quand sa propriétaire Lillian lui réclame le loyer et qu’il lui sort un discours ficelé sur ses avantages en tant que blancHE, sur la société néo-coloniale… et qu’elle finit par laisser tomber l’argent qu’elle lui demandait, sincèrement touchée et toujours aussi maladroite « oh oui ton peuple a tellement souffert, on verra pour l’argent plus tard… »

La série montre aussi très bien les discriminations que Titus subit en tant que pédé folle, et notamment dans son travail d’acteur où il ne cesse de se faire rejeter à cause de ses interprétations « trop gay » des personnages. Il va même finir par suivre une formation d’acteurs, spécialisée pour apprendre à « faire l’hétéro » !

Le vécu de Titus comme personne racisée et comme pédé dans une société hétérosexiraciste fait écho sur plein d’aspects au traumatisme vécu par Kimmy. Tous les deux sont hors-normes, « bizarres », « à côté », elle avec son PTSD, et lui avec sa paranoïa (à force de subir des discriminations, il attribue tous ses échecs de vie, quels qu’ils soient, au fait d’être noir et pédé). Du coup, iels s’entendent super bien, se comprennent sans même devoir parler et se serrent les coudes. Il est très mignon avec elle, même quand elle essaie de le tuer pendant son sommeil à cause de son PTSD ! Et puis, Titus apporte une grande partie de l’aspect comique de la série. Il est attachant et en même temps désespérant par sa poursuite effrénée de célébrité : il passe son temps à chanter pour attirer l’attention, à essayer de se faire repérer par les caméras, bref, à tenter d’exister coûte que coûte. La série est ponctuée de ses démonstrations, euh, « artistiques » qui sont toujours un vrai régal.

La critique du racisme est également très présente avec les personnages de Mme. Voorhees (femme d’origine amérindienne qui a tout fait pour invisibiliser ses origines et qui passe donc pour une blanche) et de Donna Maria (une des victimes du bunker qui refuse de parler anglais « pourquoi ces connasses n’apprendraient pas à parler espagnol? » pour ne pas devoir converser avec les autres victimes, jeunes femmes blanches de classe moyenne avec qui elle n’a aucun atome crochu)

Classisme

Kimmy se fait engager par Mme. Voorhees, l’autre personnage à haut potentiel comique de cette série (avec Titus).

Cette femme qui vient d’un milieu pauvre, est avide d’argent et de réussite sociale. Elle s’est mariée avec un homme richissime, mais cela ne lui apporte finalement pas satisfaction, puisqu’il la méprise et n’est jamais à leur domicile. Elle « éduque » (fait garder quoi) seule son fils et la fille de son mari née d’un premier mariage. Toute cette famille de riches indécentEs et décomplexéEs est complétement tarée. La richesse est vraiment tournée en dérision en permanence dans la série, mais là encore, on a l’impression qu’on n’est pas si loin de la réalité (quand je vois des trucs passer sur les Kardashian, franchement j’ai l’impression que les Voorhees, malheureusement, ne sont pas si absurdes). Bien que totalement insupportables par leur classisme, leurs caractères abominables, et leur façon de vivre indécente, on s’attache aux personnages de cette famille progressivement. Finalement, Kimmy va leur apporter beaucoup !

Précisons que Mme Voorhees est jouée par Jane Krakowski, brillante et à mourir de rire dans cette série,  le rôle est parfaitement taillé pour elle.

Trouble mental

Aucun personnage de cette série n’est valide mentalement. Iels ont touTEs un grain, et sont inadaptéEs à la société qui les entoure. Au final, c’est ça qui les rapproche, et c’est aussi ça qui fait que je me suis senti « à la maison » pendant toute la série. C’est tellement rare les séries dans laquelle la norme de vie des protagonistes est hors-norme, et ça fait du bien !!!!

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2 réflexions sur “Unbreakable Kimmy Schmidt – Une série drôle et absurde sur le PTSD.

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