Jessica Jones

Jessica Jones

 

Trigger warning: cet article parle de symptômes du PTSD après emprise psychologique

 

Par Kaineus

Devant l’ordi allumé, VLC en route, je m’apprête à regarder pour la seconde fois cette série ; cette fois-ci avec mon cahier de notes sur les genoux comme Orithyio et moi l’avions fait pour MMM, comme il l’avait fait pour Unbreakable .

La mise sur écran du PTSD continue. Et il y a dans Jessica Jones un côté jouissif à voir cette femme dotée de supers pouvoirs vivre pourtant le même enfer que nous.

Les notes qui suivent sont purement subjectives et non-professionnelles (comme déjà dit ici ). Il s’agit de lire le PTSD tel que mit à l’écran. Ça peut, parmi les personnes concernées, aider à se reconnaître et, parmi notre entourage, aider à comprendre.

Je vous bisoutte, bonne année.

Kaineus.

 

 

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Série américaine diffusée sur Netflix à partir de 2015, crée par Melissa Rosenberg d’après le personnage Marvel Comics, interprétée par Krysten Ritter.

Synopsis Allo Ciné : La super-héroïne Jessica Jones s’est reconvertie en détective privé. Hantée un événement traumatisant de son passé, elle se cache à New York et se contente de sordides affaires adultère. Une nouvelle enquête va faire resurgir de vieux démons…

 

La fuite dans l’alcool, la veille et le travail

Épisode 1, sixième minute : Jessica boit, va se coucher, et se relève en disant « ah putain… ». Elle se rhabille, se prépare une flasque d’alcool et repart travailler.

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La scène sous-entend que c’est habituel pour elle de ne pas réussir à dormir. Elle va fuir dans l’alcool, la veille et le travail jusqu’à épuisement. Après tout ça seulement, elle pourra dormir un peu. Cette fuite nous est commune car la rumination et les reviviscences profitent de n’importe quel moment pour arriver. Surtout les moments calmes. Penser à rien n’existe pas. L’anxiété fait marcher nos neurones même si on souhaiterai juste dormir, surtout si on souhaite ne rien faire ni penser. En fait, lors du début du syndrome, la rumination est constante. C’est l’activité qui nous en distrait. Alors on fait, on n’arrête pas de faire des choses. Et quand on a plus la force de faire autre chose pour occuper notre cerveau, la rumination revient prendre toute la place. Voilà pourquoi, très souvent, le moment du coucher est super difficile : épuiséE d’avoir fuit ces pensées toute la journée mais pas assez épuiséE pour passer de la veille au sommeil d’un trait, les reviviscences et pensées négatives remplissent toute la tête sans qu’on ait la force de se relever pour s’occuper à autre chose.

C’est sans doute ce qu’à vu venir Jessica et c’est sûrement ce qu’elle évite de vivre en choisissant de retourner sur le terrain, jusqu’à épuisement totale cette fois et avec l’aide de l’abrutissement de l’alcool.

De fait, à chaque fois qu’on voit Jessica endormie pendant l’épisode, c’est soit dans son lit mais avec une bouteille, soit sur son bureau ou sur son canapé, l’ordi allumé à côté et un verre à la main. Quand elle doit dormir, elle remet une veste et ressort. Elle n’arrive à dormir que d’épuisement. Peut-être même qu’elle en est venue à éviter son lit.

Jessica peut affronter des super vilains mais son PTSD l’empêche d’affronter l’endormissement.

 

Reviviscences : se faire trahir par ses sens

J’ai pris des notes sur 2 types de reviviscences dans l’épisode 1.

Alors que Jessica fait une planque pour observer un type, on voit une silhouette d’homme s’approcher d’elle et lui murmurer « t’as envie de le faire, je sais que t’as envie ». A la fin de cette phrase, la silhouette disparaît. Il n’est plus là. Il n’a jamais été là. Il s’agit d’une reviviscence * des mots de son agresseur.

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La scène montre bien comment ce souvenir entre dans le réel et s’y mélange jusqu’à devenir réel ; cette scène du passé se rejoue, à l’identique, au présent. Jessica y ressens toutes les émotions qu’elle avait déjà vécue, aussi intensément que si ça venait de se produire. Avec, en plus, cette sensation horrible de voir que ça continue. Ça arrive dans des moments où on ne l’attend pas et ça continue de faire autant peur à chaque fois. Pour se mettre à distance, Jessica commence à réciter des noms de rues.

Un super outil : la mise à distance

Plus tard, Jessica expliquera que c’est le psy qu’elle a vu qui lui a donné ce conseil : quand elle vit une reviviscence, elle doit visualiser le panneau de la rue où elle vivait quand elle était petite, puis les rues autours de sa rue en disant leur noms, puis les rues autour de celles-ci, et ainsi de suite.

Cette suite de noms de rue que Jessica énumère est en réalité un super outil de mise à distance ! 😀 Son but est d’arrêter de subir le souvenir traumatique en se poussant à se sentir en sécurité mentalement. Pour Jessica, les rues de son quartier d’enfance correspondent à un espace-temps où elle se sentait en sécurité. Elle énumère les rues de son quartier jusqu’à ce que la mise à distance du souvenir traumatique fonctionne.

Évidemment, à chaque personne son outil ! Si tu n’as pas grandit dans un environnement sécurisant, trouve-toi un espace-temps où tu t’es sentiE en sécurité et visualise-le. L’avantage de l’outil des noms de rue, c’est que la liste peut se dérouler jusqu’à ce qu’on se sente mieux.

Dans la scène, on voit que ça lui demande des efforts pour prononcer chaque nom de rue. En effet, pour utiliser cet outil, il faut d’abord s’extraire de la reviviscence. Ce qui peut-être très difficile en fonction du niveau émotionnel où elle nous a emmenée. Pour utiliser cet outil il faut donc 1/ avoir déjà identifié ce qu’on vit comme étant une reviviscence et 2/ avoir commencer un travail pour les vaincre. A ce moment-là, on sait qu’on peut mettre à distance le souvenir et qu’on peut faire appel à des outils pour que ça marche. Il est aussi important de créer et de tester ces outils en dehors des crises ! Travailler un outil quand tout va « bien » permet d’y faire appel quand ça ne va pas.

Pourquoi travailler quand tout va bien, me direz-vous ? Et bien, c’est sûr que quand ça va, on n’a pas forcément envie de se replonger dans la réalité qu’on vit des choses intensément dures. Mais si vous essayez quand même, c’est tout à votre avantage car les moments difficiles seront ensuite moins difficiles. Travailler sur un outil quand ça va « bien » (je met « bien » entre parenthèse parce que certaine personne ne se reconnaissent pas comme étant des personne capable d’aller bien en PTSD, vous pouvez mettre ce qui vous va à la place comme « mieux » ou « moins pire »…) permet de s’accrocher à quelque chose de déjà fait, quelque chose de connu, quand vous en aurez besoin. Alors qu’essayer de mettre en place un nouvel outil pendant une reviviscence conduit souvent à l’échec (ce qui est normal, c’est déjà super dur ce que tu vis à ce moment-là) et ce sentiment d’échec va nourrir plein de pensées négatives et de dévalorisation de toi qui ne vont pas t’aider non plus. Alors, épargne-toi, travaille quand ça va 🙂

 

Reviviscence : se faire trahir par ses sens- 2eme partie

Voici les notes sur le second type de reviviscences qu’on voit dans l’épisode.

Une silhouette s’approche de Jessica endormie et lui lèche la joue. Elle se réveille en sursaut. On la voit chercher autour d’elle tout en essuyant sa joue. Cette scène donne à voir l’étrange matérialité des reviviscences : tous les sens sont colonisés par l’agresseur ; même loin, même longtemps après, la reviviscence nous fait revivre la sensation traumatique telle qu’elle existait au moment où elle a été vécue, tellement semblable qu’on peut sentir sa bave sur sa joue.

En effet, les reviviscences nous renvoient le souvenir total d’une expérience vécue par le passée ; rien n’est effacé, le souvenir n’est pas seulement une image mentale, tous les sens viennent le confirmer. Par rapport à un simple souvenir qui s’estompe avec le temps, la reviviscence mobilise l’émotion et la sensation telle qu’existante au moment vécue. S’il pleuvait, tu te sentiras mouillée même en plein mois d’août. C’est aussi pour cela qu’elle est si difficile à combattre. La mémoire du corps est une mémoire à laquelle on est déconnectée dans notre société. On a peu de moyen face à la mémoire des sens. C’est très déroutant de « sentir » le souvenir traumatique quand il apparaît. Et ce sont autant de mémoires ancestrales qui nous font croire que la sensation est réelle, alors que c’est une reviviscence qui nous submerge.

 

L’instrumentalisation du PTSD par les proches

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Trish n’a pas vu Jessica depuis 6 mois, elle lui dit a propos de son traumatisme « ça fait un an maintenant », sous entendu que ça s’est produit. Elles étaient en contact pendant les 6 premiers mois et Trish est au courant que son amie vit un PTSD. Mais elles ne se sont pas vues pendant 6 mois. Pourquoi ? Et pourquoi ça me paraît si familier ?

Elles se revoient parce que Jessica a besoin d’un coup de main financier et Trish n’a comme suggestion que « il faut que tu retournes voir quelqu’un ». Les proches sont souvent dépassés par ce qui nous arrive. Ielles apprennent le mot « PTSD » et pensent connaître ce que l’on vit. Trish et Jessica ne se sont pas vues pendant 6 mois. Si Jessica essaye d’échapper à des reviviscences pendant 6 mois, qu’aurait-elle à offrir à Trish ? Il nous est très difficile de garder contact avec celleux qui veulent que nous allions mieux, parce que nous ne parvenons pas à aller mieux. On voudrait pouvoir garder contact mais trop souvent ces proches ne sont que la preuve actuelle qu’il n’y a pas d’après.

Il y a un avant le traumatisme et un pendant le PTSD. Mais on ne peut pas redevenir qui on a été pour les autres. Ces autres qui, pour notre bien, voudraient que l’on redevienne comme avant. Ce qui est impossible. Alors on arrête de les voir. Pour leur épargner de la peine, et surtout pour éviter de se sentir coupable de ne pas aller mieux.

Trish a tort dans cette situation de lui dire de retourner voir quelqu’un. C’est sa propre peur de ne pas voir son amie aller bien qu’elle projette. Et cette projection à pour effet de culpabiliser Jessica de ne pas faire tout son possible pour aller mieux. Comme si elle se complaisait à aller mal, Trish lui sous-entend qu’elle n’a pas la volonté suffisante de s’en sortir. Que ce soit clair pour tout le monde : personne ne se complaît à avoir un PTSD. C’est horrible. Tout le temps. Il n’est pas question de volonté à s’en sortir. Il est question de main qu’on nous tend pour survivre ou pas.

 

« Le psy » c’est des conneries !

Jessica dit ça du psy qu’elle a vu un fois et qui lui a donné l’outil de mise à distance. Même s’il marche et qu’elle y fait appel à chaque fois. Mais ça ne l’empêche pas de dire que « c’est des conneries ».

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Oui, c’est sûr que sortir du PTSD demande du temps, de l’endurance, d’y croire aussi. Il n’y a pas de formule magique. Un outil, aussi efficace qu’il soit, reste un outil qui ne fonctionne que sur un type de situation. Il faut du travail, du temps, et de la confiance pour en développer d’autres, autant qu’on en a besoin. Pour créer sa propre boite à outils, la remplir d’autant d’outils différents et nuancés que ce que l’on va rencontrer.

Mais Jessica n’y croit pas. Elle a essayé de voir un psy, qui lui a donné un outil ; et pourtant le PTSD continue. Elle n’y croit pas parce qu’elle voudrait une formule magique qui soigne tout. Elle voudrait qu’on la guérisse, qu’on arrête l’horreur qu’elle vit tout de suite. Comme nous, elle a cru depuis toute petite que le médecin avait remède à tout. Une fièvre = un sirop dégueu et en deux jours c’est fini. Elle a fait l’effort d’y croire et d’aller consulter. Et voila qu’on ne la guérit pas. Elle se sent trahie. Et d’une certaine façon elle a été trahie. Car il ne suffira plus de se donner aux mains de spécialistes pour être guérie.

Le PTSD est un syndrome qui nous rappelle ce que la médecine nous a enlevé : le pouvoir de s’aider par la connaissance de soi.

Jessica est déçue, elle se sent trahie, elle ne voit pas d’issue. Pourtant elle est toujours en vie. Quand cette colère, légitime, s’apaisera, elle aura la place de voir que certaines réponses se trouvent en elle depuis le début.

 

PTSD et comportements de mise en danger

Jessica a deux options : fuir toujours plus ou affronter son agresseur. Elle dit « savoir que c’est vrai vous place devant un choix : soit rester dans le déni, soit décider d’agir ». Malheureusement, on n’est pas toutes des Jessica Jones. Et affronter son agresseur peut avoir des répercussions vitales sur nous, pauvres mortelles qui n’ont pas de supers pouvoirs. Mais ce choix me fait penser à un choix que l’on peut se voir faire : se mettre en danger volontairement.

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Certaines personnes agissent de façon très dangereuse pour elles-mêmes avec un PTSD. Affronter l’horreur au quotidien peut donner envie de dire « merde » à toute forme de sécurité : puisqu’on ne se sent jamais en sécurité, autant vivre dangereusement. Certaines d’entre nous choisissent d’avoir une forme de maîtrise sur l’anxiété en choisissant de se mettre dans des situations anxiogènes par ailleurs. Certaines luttent comme elles peuvent, se mettent en danger, vivent de façon extrême, à la fois pour dire « fuck » au PTSD mais aussi parce que, face à l’impression de danger imminent en permanence, certaines décident qu’elles n’ont pas grand choses à perdre à vivre des situations de danger effectif. D’une certaine manière, c’est une façon de reprendre le pouvoir.

Quelle que soit la façon dont on décide de vivre en ayant un PTSD, j’aimerai vous rappeler que le fait de faire face à une anxiété extrême au quotidien est en soit une preuve d’une grande force intérieure. Tant que vous êtes en vie, vous avez gagné. SURVIVOR.

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  • Reviviscence :
    Souvenirs  intrusifs  récurrents  et  involontaires.
    Ces  souvenirs  sont  incontrôlables,  la  victime  peut  revivre  tout son  trauma  ou  un  détail  particulier,  en  boucle,  sans  réussir  à arrêter  le  souvenir,  en  ayant  la  sensation  de  perdre  le  contrôle, d’être menacée  :  le  passé  revient  alors  hanter  le  présent  et  cela s’accompagne  le  plus  souvent  de  fortes crises  d’angoisse.

    Voir ici

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