Pourquoi Philomèle?

POURQUOI PHILOMÈLE?

Le mythe de Philomèle

Dans la mythologie grecque, Procné et Philomèle sont les filles de Pandion, roi d’Athènes.

Procné se marie avec le roi de Thrace, et part vivre avec lui. Ensemble, ils ont un enfant nommé Itys. Procné vit loin de sa famille qui lui manque terriblement. Lorsque son fils atteint l’âge de 5 ans, elle demande donc à son mari Térée d’aller à Athènes chercher sa sœur et de l’escorter jusqu’à Thrace .

Dès que Térée aperçoit sa belle-soeur, il est saisi, totalement envoûté par elle.

Il garantit à son père Pandion de veiller sur elle, de prendre soin d’elle durant tout le voyage. Pandion néanmoins a un mauvais pressentiment. Finalement, en pleurs, il finit par laisser Philomèle partir avec Térée. Il fait néanmoins promettre à gendre, sur les Dieux, de « veiller sur elle comme un père ».  (trad B. Vernier)

Le début du voyage se passe bien.  Mais Térée s’éprend de plus en plus de Philomèle, et naît en lui l’obsession de pouvoir la posséder. Lorsqu’ils arrivent enfin sur la cote Thrace, il la conduit dans une bergerie en pleine forêt et la viole. Philomèle hurle, pleine de rage, qu’il ne s’en sortira pas indemne: elle dévoilera son crime et se vengera de lui. Térée l’enchaîne alors, et pour la contraindre toute sa vie au silence, il lui coupe la langue puis « assouvit à nouveau son désir sur le corps qu’il avait torturé et souillé » (trad. B. Vernier). Il l’abandonne ensuite là, au milieu de nul part.

Il rentre seul à Thrace et, pour expliquer l’absence de Philomèle à Procné, il fait croire à cette dernière que sa sœur est morte durant le voyage, ce qui la plonge dans une détresse épouvantable.

Mais Philomèle réussit à trouver un moyen de récupérer sa parole : elle confectionne un métier à tisser de fortune et tisse en lettres rouges l’horreur de son châtiment. Elle confie l’étoffe à une femme et lui fait comprendre par gestes de l’amener à Procné.

Lorsqu’elle reçoit le message de sa sœur, Procné horrifiée décide immédiatement de la venger.

Elle profite d’une fête à Bacchus pour aller, avec des complices, chercher Philomèle et la cacher. Elle promet à sa sœur d’arracher avec le fer « la langue les yeux et le membre qui lui ont ravi l’honneur » (trad B. Vernier). Alors qu’elle est en train de chercher le moyen de punir son mari de ses crimes, elle croise par hasard son fils Itys. Soudainement saisie par la ressemblance physique entre Itys et le tyran de sa sœur, ne supportant plus son propre mariage avec Térée et l’idée d’avoir pu porter son enfant, elle lui tranche la gorge.

Les deux sœurs cuisinent le corps de l’enfant, puis Procné congédie les serviteurs et porte elle-même le plat à son époux.  Après ce repas cannibale, Térée demande à voir son fils, et Procné lui répond « Tu as avec toi (…) celui que tu demandes ».

Philomèle, ne pouvant s’exprimer par la parole, surgit alors devant Térée, tenant dans la main la tête de son fils qu’elle jette sur la table devant lui.

Les deux sœurs profitent de sa surprise pour se se sauver.  Térée les poursuit et réussit à les rejoindre à Dalis.

Alors qu’il s’apprête à les tuer de son épée, elles se métamorphosent en oiseaux pour échapper à sa colère: Procné en rossignol et Philomèle en hirondelle.

Térée sera, quant à lui, métamorphosé par les Dieux en huppe et ne pourra ainsi jamais les atteindre, tandis que Itys sera rendu à la vie sous la forme d’un chardonneret.

 

Photo pour le site, version 2

Ce que ce mythe représente pour nous

Ce mythe apparaît un excellent symbole des objectifs de ce blog : rendre la parole aux victimes de traumatismes (l’étoffe tissée) qui sont mises sous silence dans la Société et dans leurs relations interpersonnelles (la langue coupée),  et évoquer le droit à  la réappropriation des corps, des sexualités, et de l’expression pornographique (la métamorphose en oiseau qui permet un échappatoire). De plus, ce mythe montre clairement une figure de pervers narcissique, qui par la séduction impose sa Loi sur toute une famille qu’il prend ensuite grand-soin de détruire de l’intérieur. Dans une autre version du mythe, Térée est encore plus manipulateur : Arrivé à Athènes, il fait croire à Pandion et à Philomèle que Procné est morte et demande à épouser sa soeur. Celle-ci s’unit à lui jusqu’à découvrir son mensonge. C’est là qu’il lui coupe la langue et l’enferme dans une tour, puis rejoint Procné à qui il fait croire que sa sœur est morte durant le voyage…

Par ailleurs, ce mythe raconte l’histoire d’une vengeance, l’une des deux femmes reniant sa maternité et tuant sans scrupule son propre fils. Cela illustre à nos yeux le droit des victimes à trouver par elles-mêmes d’autres solutions que celles proposées par la loi, dans un Etat sexiste qui ne réfléchit pas à son rôle historique dans l’institution du viol et des violences comme armes de pouvoir. Procné, mariée sans son consentement (une tradition millénaire)  tue son fils non seulement par vengeance mais aussi peut-être comme résistance à la façon dont la Société lui impose d’être une femme.

English translation

Why Philomèle?

The Philomèle myth

In greek mythology, Procné and Philomèle are the daughters of Pandion, the king of Athenes.

Procné gets married to the king of Thrace, and goes to live with him. Together, they have a son  named Itys. Procné lives far away from her family which she terribly misses. When her son turns 5, she thus asks her husband Térée to go to Athens to get her sister and to escort her to Thrace.

As soon as Térée sees his sister-in-law, he is seized, entirely subjugated by her.

He guarantees her father Pandion that he’ll take good care of her during the whole journey. Pandion however has a bad presentiment. At the end, by crying, he eventually authorizes Philomèle to go with Térée. He however makes his son-in-law to swear on the Gods to « take care of her as a father ». (trad B. Vernier)

The beginning of the journey goes well. But Térée is more and more seduced by Philomèle, and the obsession to possess her emerges in him. When they finally arrive on the shore of Thrace, he leads her in a sheepfold in the forest and rapes her. Philomèle , full of rage, screams that he won’t get out of it unscathed: she will unveil his crime and will get avenged. Térée chains her up and, to force her to silence her whole life, he cuts her tongue and « quenches again his desire on the body he had tortured and soiled ». (trad B. Vernier). He abandons her there, in the middle of nowhere.

He goes back to Thrace alone and, to explain the absence of Philomèle to Procné, he makes that last one believe that her sister died during the journey, which plunges her in a dreadful distress.

But Philomèle finds a way to get her speech back: she makes an improvised weaving loom and weaves in red letters the horror of her punishment. She entrusts a woman with the cloth and make her understand by gestures to bring it to Procné.

When she receives her sister’s message, Procné, horrifed, immediately decides to avenge her.

She takes advantage of a fest for Bacchus to go with accomplices, fetch Philomèle and hide her. She promises to her sister to tear with the blade « the tongue, the eyes and the member that ravished her honor » (trad B. Vernier). As she is looking for a way to punish her husband of her crimes, she runs  into her son Itys by coincidence. Suddenly seized by the physical resemblance  between Itys and her sister’s tyrant, not bearing her own marriage with Térée anymore and the idea that she carried his child, she cuts his throat open.

The two sisters cook the body of the child, and then Procné sends away the servants and brings herself the dish to her husband. After this cannibal meal, Térée asks to see his son and Procné answers him « You have with you (…) the one you are asking for ».

Philomèle, unable to express herself through speech, suddenly appears in front of Térée, holding in her hand the head of his son that she throws on the table in front of him.

The two sisters take advantage of his surprise to flee. Térée goes after them and manages to get to them in Dalis.

While he gets ready to kill them with  his sword, they metamorphose into birds to escape his anger: Procné in nightingale and Philomèle in swallow.

Térée, as for him, will be transformed by the Gods in a hoopoe and thus will never be able to catch them, as Itys will be bring back to life in the form of a goldfinch.

What this myth represents for us

This myth appears to be an excellent symbol of the target of this blog: give back the speech to trauma victims (woven fabric), those who are silenced by Society as well as whithin their interpersonal relationships (cut tongue), and bring to mind the right of reappropriation of bodies, of sexualities and of pornographic expression (metamorphosis in a bird which allows a way-out). In addition, this myth clearly shows the figure of a narcissistic pervert who,by  using seduction, imposes his Law onto a whole family that he then carefully tries to destruct from the inside. In another version of the myth, Tereus is even more manipulator: arriving in Athens, he makes Pandion and Philomèle believe that Procné is dead and he asks to marry her sister. The latest unites to him until she discovers his lie. At that moment he cuts her tongue and locks her up in a tower, then he joins Procné to who he makes believe her sister died during the journey.

On the other hand, this myth tells the story of a vengeance, one of the two women denying her maternity and killing without remorse her own son. This illustrates to us the right of the victims to find by themselves other solutions that the ones proposed by the law, in a sexist State that does not think about its historical part in the institution of rape and violence as weapons of power. Procné, married without her consent (an ancient tradition) kills her son not only by vengeance, but maybe also as a resistance to the way that Society requires her to be a woman.

Une réflexion sur “Pourquoi Philomèle?

  1. Pingback: Philomèle dans la chair | Philomèle

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